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Colloque annuel de la Société Française d'Etudes Ecossaises

14-16 janvier 2016 - Université de Toulouse - Jean Jaurès

Le Crime, le châtiment et les Ecossais / Crime, punishment and the Scots

La double notion du crime et de son châtiment s’avère non figée : elle est non seulement évolutive au fil des générations, mais aussi fortement liée à la culture d’un pays - en l’occurrence l’Ecosse. Ce colloque, ouvert aux civilisationnistes, aux littéraires, aux linguistes, ambitionne d’en montrer les spécificités écossaises. Et nous posons comme hypothèse d’interface le réalisme en tant que transmission et reflet de la réalité.

Le roman policier et le thriller véhiculent à leur manière l’image, sous des aspects multiples, de l’Ecosse à travers le temps. Le crime, la recherche du coupable et la lutte entre les représentants du bien et ceux du mal sont des prétextes à exposer la culture de l’Ecosse ; l’étude du châtiment qui va de pair avec les actes criminels souligne les fondements de cette société qui n’a de cesse de cultiver ses particularités.
Dans l’histoire de l’Ecosse, nous reconnaissons la force de la culture judéo-chrétienne qui met en avant la notion de culpabilité et la puissance de la culpabilisation, mais on sait distinguer aujourd’hui le crime religieux du crime moral et le crime social du crime politique. Pendant des siècles, Marie, reine des Ecossais, a été qualifiée de martyre par les uns et d’archétype du mal absolu par les autres ; mais l’historienne Alison Weir, au début du vingt- et-unième siècle, s’est faite détective pour proposer à ses lecteurs, à travers un exposé rigoureux de la société d’alors, les arguments nécessaires à un nouveau jugement plus équitable de la jeune reine pour l’assassinat de son mari, Darnley. L’évaluation des responsabilités multiples dans ce crime d’Etat permet de brosser un tableau de l’Ecosse en 1567...
Reconnaître que Wilkie Collins serait l’inventeur du genre policier avec The Moonstone (1868), serait nier que Walter Scott avait parsemé ses romans de meurtriers et de détectives, comme le montre, dans Rob Roy (1818), la recherche du voleur de la cassette de Morris : elle se conclut par l’exécution du coupable condamné par Helen MacGreggor, en plein cœur des Hautes Terres ; et Scott, maître de l’hypotypose, donne à ses lecteurs à voir des paysages pittoresques. James Hogg structure son roman gothique et satirique, Les Confessions et mémoires privés d’un pécheur justifié (1824), selon l’exposition d’un comportement criminel suivie de l’explication des causes de ce comportement de Caïn assassin d’Abel : et Hogg de placer Miss Logan dans la position de l’enquêtrice qui découvre le personnage démoniaque de Gil-Martin... Les œuvres de Hogg et de Scott — et dans les années 1860 les récits de l’enquêteur professionnel James McLevy — ont suscité l’intérêt d’auteurs populaires, tels que Robert Louis Stevenson, qui ont permis aux romans d’horreur et d’enquête de proliférer en Ecosse et d’évoluer au fil des générations.
Chaque ouvrage livre sa dose d’adrénaline, sa critique sociale, ses références historiques, son analyse de la psyché du meurtrier et de la névrose de l’enquêteur, mais les œuvres des dernières générations d’auteurs de romans noirs — et de thrillers plus encore, à l’instar d’Alistair MacLean avec When Eight Bells Toll — écossais semblent dessiner une spécificité que nous voulons analyser ici à travers des romans dont l’action se situe dans un lieu particulier d’Ecosse — comme un écho de la révolution davidienne. Rebus est à Edimbourg ce que Taggart est à Glasgow, et chacun a ses émules locaux. Mais on a vu naitre des enquêteurs dans diverses villes d’Ecosse, (Rhona MacLeod à Glasgow et Argyll ; Bob Skinner à Edimbourg ; Logan MacRae à Aberdeen ; Fin Macleod à Lewis ; Jimmy Perez & Willow Reeves dans les Shetland, Alice Rice dans le Lothian...) qui servent de prétexte à célébrer une ville ou une région dans un phénomène qui s’apparente à l’émulation. L’horreur des actes meurtriers, la cruauté, la folie ne sont pas notre centre d’intérêt premier : nous nous intéresserons surtout à la toile de fond, au décor de nature changeante, à tous ces détails relevant du réalisme qui créent la scotticité du roman policier et du thriller écossais. Et nous pourrons, au passage, revisiter le cliché du tartan noir !

Le crime et le châtiment sont deux notions au cœur de toute société civilisée. Cependant, malgré cette tendance qui pousse aujourd’hui vers une harmonisation des définitions et codifications légales, vers des méthodes intégrées de prévention et de recherche, vers une approche humaniste du châtiment, chaque nation a sa propre façon de les gérer : le droit français se focalise sur le châtiment (droit pénal), le droit anglais se concentre sur la transgression (criminal law), et le droit écossais s’appuie sur la notion de communauté (common law).
Cette particularité du rapport des Ecossais au crime et au châtiment a été bien étudiée, mais on peut avancer qu’elle n’a jamais été analysée dans sa globalité en tant qu’expression de la scotticité. La nature formelle des procédures judiciaires en droit écossais illustre très clairement ce point. Ainsi, le droit qui régit les procès de criminels en Ecosse ne permet pas à l’accusé de choisir ses juges et jurés ; les jurys comportent 15 membres ; les jugements requièrent des preuves concordantes fournies par au moins deux sources différentes et indépendantes et offrent cette possibilité unique de trois verdicts : ‘coupable’, ‘non coupable’, ‘non prouvé’.
La sanction de la criminalité aussi a un caractère bien écossais. Actuellement, l’Ecosse a l’un des taux d’emprisonnement les plus élevés d’Europe bien qu’elle dispose d’un éventail de sanctions communautaires parmi les plus ouverts du monde. L’implication de la communauté dans le processus judiciaire est aussi un des aspects les plus intrigants de l’histoire de la nation. Le peuple d’Ecosse n’a pas admis tous les châtiments infligés par les cours de justice ; tous les crimes condamnés par le peuple écossais n’ont pas été sanctionnés par les cours de justice : maintes fois, l’activiste gauchiste écossais, John MacLean (1920- 1999) a vu son temps d’emprisonnement réduit grâce à la pression populaire. Ce que cela dit de la société écossaise, et de la façon dont les Ecossais considèrent le droit, ne va pas de soi et demande une étude approfondie.
En 2013 l’institution de la police écossaise s’est rénovée ; mais le maintien de la paix dans la nation dans son ensemble par le passé est très mal connu et nous ne disposons pas de données précises sur sa relation avec les traditions civiques du pays. Ces liens informels entre la criminalité et la société sont tout aussi intrigants. Quelques grandes avancées de la recherche médicale en Ecosse sont redevables aux activités criminelles des voleurs de cadavres de la trempe de Burke and Hare... de même que ce design unique que l’on trouve dans certains cimetières d’Edimbourg.
L’impact du crime et du criminel sur l’imaginaire populaire est encore plus fascinant. Dans la réalité comme dans la fiction, l’acte criminel et l’action de la police judiciaire semblent bénéficier d’un intérêt tout particulier chez les Ecossais. De Percy Sillitoe et Joe Jackson à Alan Jack Laidlaw et Jim Taggart (la série policière qui a eu la plus longue carrière à la télévision) la limite ténue entre la réalité et la fiction met en relief quelques personnages remarquables, à l’instar d’Allan Pinkerton qui était le pur produit du quartier des Gorbals à Glasgow. Ils représentent les aspects divers de la relation qu’entretien l’Ecosse avec la criminalité ; pourtant, ainsi que Ian Rankin le suggère de son détective, John Rebus, ces personnages sont un regard sur « l’âme de l’Ecosse, sur ses phobies, ses psychoses et ses erreurs, et sur les gens qui y vivent. » **** *

D’un point de vue littéraire, on pourra trouver dans des œuvres de fiction, de poésie (y compris des ballades), et de théâtre, matière à explorer le thème du crime dans son contexte.
Les chercheurs en arts visuels pourront s’intéresser aux productions construites sur ce double thème.
Un point de vue civilisationniste ouvre la recherche tout autant aux historiens, aux sociologues, aux juristes qu’aux civilisationnistes.
Un point de vue linguistique offre aux linguistes, aux sociolinguistes, aux stylisticiens la possibilité d’étudier l’emploi des langues et dialectes d’Ecosse, les niveaux de langue au sein d’un texte...
Ces points de vue peuvent aussi se croiser afin de porter un regard novateur sur le sujet et le genre.

Vos propositions de communications (résumé bref avec un titre même provisoire), qui pourront se faire soit en français, soit en anglais, sont attendues pour le 1 juillet 2015. Veuillez les adresser à Jean BERTON jam.berton@wanadoo.fr et à Bill FINDLAY wfindlay@ut-capitole.fr

Informations pratiques (du 7 déc. 2015) :
Ce colloque est organisé par l’Université de Toulouse Jean Jaurès et par la Société Française d’Etudes Ecossaises: un tarif préférentiel est offert aux membres de la SFEEc. Ceux qui ne sont pas encore membres de la SFEEc, peuvent le devenir en joignant un formulaire + chèque d’adhésion (30 € — 15 € étudiants — à l’ordre de la SFEEc) que vous pouvez adresser à Jean Berton dans une enveloppe jointe à votre envoi d’inscription au colloque envoyée au secrétariat du laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes.

L’Assemblée générale aura lieu le vendredi 15 janvier 2016 en fin de journée, avant le repas festif.

Nous vous enverrons un plan du site universitaire, et un certificat de participation au colloque, à conserver avec vous pour justifier de votre présence sur les campus de Toulouse Jean Jaurès et de Toulouse Capitole.

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