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Espace, territoire et hybridité dans l’imaginaire national(Monde anglophone colonial et postcolonial, XVIIIème – XXIème)

23-24 novembre 2016 - Université Grenoble Alpes, ILCEA4

Le groupe de recherche ILCEA4 de l’Université Grenoble Alpes organise un colloque international portant sur l’importance des représentations spatiales et leur nécessaire hybridité dans l’imaginaire national. Cette conférence souhaite interroger la notion d’hybridité ou de fertilisation croisée dans le domaine hautement controversé de l’identité nationale et de ses espaces, figures et moments emblématiques tels qu’ils apparaissent dans les productions culturelles d’une nation ou d’un groupe identitaire. Le concept de « tiers espace » avancé par Homi Bhabha dans son ouvrage séminal The Location of Culture est particulièrement riche et fécond en ce qu’il propose une vision de l’espace qui évite la confrontation, l’opposition binaire ou encore le rapport dominant/ dominé et repose à l’inverse, sur l’échange, le transfert, la médiation. L’objet du colloque sera d’interroger ce qui fonde, ce qui fait socle pour une « communauté imaginaire » (Benedict Anderson) et ce en quoi les productions artistiques font évoluer cet ensemble d’images, de valeurs et de références pour à la fois refléter une histoire, un héritage et en pointer du doigt les limites, l’idéologie sous-jacente, et par là-même, en esquisser la transformation. On pourra s’interroger non seulement sur les espaces et territoires mais aussi sur tous les éléments de la culture au sens large représentatifs de l’identité nationale :

Iconographie : drapeaux, affiches populaires et nationalistes, recours à des motifs emblématiques (spécimens de la faune et de la flore locales), représentation picturale ou photographique du paysage national, figures allégoriques de la nation.

Formes brèves comme support du sentiment national : hymnes nationaux, chansons, poèmes.

Littérature au sens large : fiction, littérature de jeunesse, manuels scolaires, discours politiques, essais philosophiques, ouvrages historiques.

Espaces ou événements historiques cristallisant ce que la nation est censée représenter.

Productions artistiques : cinéma, danse, arts de la rue

Dans un premier élan, toute nation se veut articulée autour du concept d’origine : s’offre alors l’alternative entre, d’une part, un mythe de fondation qui lui serait propre, sorte d’auto-engendrement vierge de toute hybridation et d’autre part, une genèse problématique, corrompue, qui se définit avant tout au contact d’une autre sphère culturelle et historique. Ainsi, au sein-même du monde britannique, l'Ecosse, par exemple, s’est-elle définie au cours de son histoire et de manière significative par rapport à son rival et son double, l'Angleterre. Des problématiques similaires se posent également pour l’Irlande et le Pays de Galles. Plus généralement, toute nation anciennement colonie de la couronne britannique tend à se fonder dans un rapport ambigu à la « mère-patrie », dont elle veut s’affranchir. Après la période coloniale, il s’agit pour les colonies de peuplement (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud) de définir leur identité en rupture par rapport à la métropole et notamment par le biais d’un fort investissement idéologique du territoire et du rapport à ce dernier. Il est intéressant de se pencher sur le caractère malgré tout hybride de telles formations identitaires de par l’absence de toute histoire, patrimoine ou héritage culturel mis à part ceux de la nation mère dont on veut se distinguer. Une autre question essentielle et tout aussi problématique se pose par rapport aux populations autochtones de la colonie dont on oblitère volontairement la culture et les valeurs, pour ne pas dire la simple présence - la question d’une possible hybridation entre culture du colon et culture du colonisé étant alors perçue comme possible souillure, corruption ou dégénérescence. Se pose aussi la question de l’appropriation, voire de la récupération de symboles, de lieux et de valeurs propres aux peuples autochtones. Au cours de la période dite « postcoloniale », il est souvent question de la dénonciation et d’une nécessaire redéfinition des figures et symboles nationaux ou des grands textes et événements qui fondent le socle identitaire. S’interroger sur ces derniers montre à quel point ils ont évolué au fil des générations par une hybridation sous-jacente permettant une plus grande représentativité, non seulement des peuples premiers mais aussi de nouveaux arrivants ou encore de groupes minoritaires. Espace et territoire ne sont pas à considérer sous un angle exclusivement géographique ou référentiel mais aussi textuel, permettant ainsi l’émergence de nouveaux positionnements au sein des mythologies nationales. Les réécritures, les nouvelles adaptations d’œuvres célèbres sous d’autres formes (passage d’un genre à un autre, d’un mode à un autre) qui caractérisent l’approche postmoderne permettent une telle réévaluation du socle identitaire et le transforment en un terrain d’expérimentation et de fertilisation croisée. Les contributions de collègues historiens, géographes, sociologues ou sémioticiens seront en ce sens appréciées.

Modalités de soumission

Les propositions de communications, en anglais ou en français (300 mots) ainsi qu’une courte présentation biographique (150 mots), sont à envoyer à Christine Vandamme christine.vandamme@univ-grenoble-alpes.fr et à Cyril Besson cyril.besson@univ-grenoble-alpes.fr pour le 6 janvier 2017. Une réponse sera donnée le 10 février 2017 au plus tard. Une publication internationale en anglais d’une sélection des communications est prévue en 2018-2019.

Bibliographie

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Anderson, Benedict. Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism. London: Verso, 1991.
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Bhabha, Homi. Nation and Narration. London: Routledge, 1990.
Bhabha, Homi. The Location of Culture. London: Routledge, 1994.
Bakhtin, Mikhail. The Dialogic Imagination: Four Essays. Edited by Michael Holquist; translated by Caryl Emerson and Michael Holquist. Austin: University of Texas Press, c1981, 1982 printing.
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Deleuze, Gilles. Mille Plateaux. Paris: Minuit, 1980.
Glissant, Edouard. Poétique de la relation. Paris: Gallimard, 1990.
Guignery, Vanessa, Catherine Pesso-Miquel and François Specq. Hybridity: Forms and Figures in Literature and the Visual Arts. Newcastle-upon-Tyne : Cambridge Scholars Publishing, 2011.
Hall, Stewart. Questions of Cultural Identity. London: Sage, 1996.
Hogan, Patrick Colm. Understanding Nationalism: On Narrative, Cognitive Science and Identity. Columbus: Ohio State University Press, 2009.
Kuortti, Joel and Jopi Nyman (eds.). Reconstructing Hybridity: Post-colonial Studies in Transition. New York: Rodopi, 2007.
Moslund, Sten Pultz. Migration Literature and Hybridity: the Different Speeds of Transcultural Change. Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2010.
White, George. Nation, State, and Territory: Origins, Evolutions, and Relationships, Volume 1. Oxford: Rowman & Littlefield, 2004.
Young Robert, Colonial Desire: Hybridity in Theory, Culture and Race. London: Routledge, 1995.

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